Dimanche 12 juillet 2009
Avez vous déjà du subir cela
?
La soirée des anciens élèves. On la voit dans toutes les séries américaines. Elles rappellent souvent à juste titre ce que l'on y ressent. Les blessures d'amour propre de certains se réouvrent après tant d'années passées cachées au détour d'une neurone inactive. Les souvenirs d'un âge d'or révolu embellissent. C'est toujours la même histoire quelle que soit le contexte de la fiction.
La réalité, c'est tellement pareil.
Une amie qui adorait le lycée et le collège court les réunions d'anciens élèves depuis mi-juin. Moi je subis des rencontres fortuites avec des anciens camarades depuis la même période. Sourire radieux et angélique pour mon amie, sourire forcé et pressé pour moi.
L'âge ma été très très ingrat. Je n'avais pas d'acné, ni de surpoids, ni d'appareils dentaires monstrueux. J'étais une jeune fille de la bonne société marseillaise avec autant d'atouts que d'autres pour réussir une vie sociale lycéenne. J'avais même été déléguée au collège, summum de l'expression d'une personnalité aimable et transparente. Et pourtant... J'avais très peu d'amis, beaucoup d'ennemis. J'étais l'intello, celle qui savait les réponses aux questions tordues du vieux grincheux en histoire, celle qui se baladait avec des livres absolument pas obligatoires dans son sac. J'étais bagarreuse, ombrageuse. On m'insultait, se moquait de moi, ma réaction variait. J'étais dans un jour calme, je persiflais quelque chose et m'éloignais avec grandiloquence, contente de mon effet. J'étais fatiguée, la tête ailleurs, je filais une droite. Ce comportement si peu féminin plaisait encore moins, c'était hors norme. Mon désintérêt complet des hommes en tant que mâles, dérangeaient autant.
J'étais seule.

Je pouvais devenir une BCBG admise dans le cercle. J'avais des clefs pour y entrer, mais je ne les utilisais pas et les gens me détestaient encore plus pour cela. Me couper les cheveux, laisser tomber les docs martens, faire une TS, paraître plus légère quand je m'exprimais, participer au pugilat d'un tel ou un tel, faire la ronde des rallyes. Ce n'était pas le monde que je voulais.
Je pouvais devenir une Bobo. J'étais en TL, je connaissais la vie de Gautama et Dylan, écoutais Nova, étais un peu troublée pour reprendre Butters. Mais j'avais des jeans griffés et une ironie incontrôlable pour les vétérans de mai 68 que ma culture de droite et mes longues écoutes de Desproges rendaient insupportables à mes camarades.
Mon caractère hybride et trouble s'est donc mieux intégré dans le monde étudiant, monde plus vaste, plus poreux.
En même temps, il s'est adouci à mesure que je devenais plus adulte. Un adulte est moins taillé d'un seul bloc qu'un adolescent.
Je n'ai pas de raisons d'être crispée devant mes anciens camarades. J'ai enfin trouvé ma place, je me suis calmée, j'ai appris à jouer le jeu de la société. Si bien que si je me met à raconter cela à mes nouveaux amis. Ils froncent les sourcils, esquissent un sourire puis rient abondamment en prenant la chose pour une blague fantaisiste.
J'ai réussi même. Je fais ce qu'il me plait, en doc martens.
J'ai toujours un certain effet sur ces anciens camarades. Ils m'observent, m'analysent d'un air appréciateur façon "tu as l'air tellement plus fréquentable et cool". Et c'est peut-être ce qui m'agace et me crispe le plus. Ce que je suis maintenant est le résultat de ce que j'étais. Mes qualités, je les dois aux saloperies que les petits merdeux qu'ils étaient alors m'ont fait.
Plus crispant encore : des filles qui ont été infectes avec moi me demandant sur un ton bonne camarade - vieille connaissance de l'aide pour s'insérer dans le monde de mon école. Là, les crocs ressortent, "non".
La soirée des anciens élèves. On la voit dans toutes les séries américaines. Elles rappellent souvent à juste titre ce que l'on y ressent. Les blessures d'amour propre de certains se réouvrent après tant d'années passées cachées au détour d'une neurone inactive. Les souvenirs d'un âge d'or révolu embellissent. C'est toujours la même histoire quelle que soit le contexte de la fiction.
La réalité, c'est tellement pareil.
Une amie qui adorait le lycée et le collège court les réunions d'anciens élèves depuis mi-juin. Moi je subis des rencontres fortuites avec des anciens camarades depuis la même période. Sourire radieux et angélique pour mon amie, sourire forcé et pressé pour moi.
L'âge ma été très très ingrat. Je n'avais pas d'acné, ni de surpoids, ni d'appareils dentaires monstrueux. J'étais une jeune fille de la bonne société marseillaise avec autant d'atouts que d'autres pour réussir une vie sociale lycéenne. J'avais même été déléguée au collège, summum de l'expression d'une personnalité aimable et transparente. Et pourtant... J'avais très peu d'amis, beaucoup d'ennemis. J'étais l'intello, celle qui savait les réponses aux questions tordues du vieux grincheux en histoire, celle qui se baladait avec des livres absolument pas obligatoires dans son sac. J'étais bagarreuse, ombrageuse. On m'insultait, se moquait de moi, ma réaction variait. J'étais dans un jour calme, je persiflais quelque chose et m'éloignais avec grandiloquence, contente de mon effet. J'étais fatiguée, la tête ailleurs, je filais une droite. Ce comportement si peu féminin plaisait encore moins, c'était hors norme. Mon désintérêt complet des hommes en tant que mâles, dérangeaient autant.
J'étais seule.

Je pouvais devenir une BCBG admise dans le cercle. J'avais des clefs pour y entrer, mais je ne les utilisais pas et les gens me détestaient encore plus pour cela. Me couper les cheveux, laisser tomber les docs martens, faire une TS, paraître plus légère quand je m'exprimais, participer au pugilat d'un tel ou un tel, faire la ronde des rallyes. Ce n'était pas le monde que je voulais.
Je pouvais devenir une Bobo. J'étais en TL, je connaissais la vie de Gautama et Dylan, écoutais Nova, étais un peu troublée pour reprendre Butters. Mais j'avais des jeans griffés et une ironie incontrôlable pour les vétérans de mai 68 que ma culture de droite et mes longues écoutes de Desproges rendaient insupportables à mes camarades.
Mon caractère hybride et trouble s'est donc mieux intégré dans le monde étudiant, monde plus vaste, plus poreux.
En même temps, il s'est adouci à mesure que je devenais plus adulte. Un adulte est moins taillé d'un seul bloc qu'un adolescent.
Je n'ai pas de raisons d'être crispée devant mes anciens camarades. J'ai enfin trouvé ma place, je me suis calmée, j'ai appris à jouer le jeu de la société. Si bien que si je me met à raconter cela à mes nouveaux amis. Ils froncent les sourcils, esquissent un sourire puis rient abondamment en prenant la chose pour une blague fantaisiste.
J'ai réussi même. Je fais ce qu'il me plait, en doc martens.
J'ai toujours un certain effet sur ces anciens camarades. Ils m'observent, m'analysent d'un air appréciateur façon "tu as l'air tellement plus fréquentable et cool". Et c'est peut-être ce qui m'agace et me crispe le plus. Ce que je suis maintenant est le résultat de ce que j'étais. Mes qualités, je les dois aux saloperies que les petits merdeux qu'ils étaient alors m'ont fait.
Plus crispant encore : des filles qui ont été infectes avec moi me demandant sur un ton bonne camarade - vieille connaissance de l'aide pour s'insérer dans le monde de mon école. Là, les crocs ressortent, "non".
Par GhengisK
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Publié dans : Narcissique Ghengis
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Communauté : Les choses de la vie
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