Dimanche 21 juin 2009
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Sade et Salinger.
F.S. Fitzgerald.
Voilà les références qui tombent quand on s'intéresse à Bret Easton Ellis.
L'un des auteurs américains les plus intéressants de la fin du XXe siècle. Le lire, c'est se sentir un peu sale, un peu dégouté, porté par la folie où tombe toujours ses personnages. Mais en même
temps, c'est très addictif.
Baroque par ses situations, ses personnages, épuré dans le style.
Gossip girl et autres Ugly Betty peuvent se cacher, le monde de la mode et des upper east siders n'est jamais aussi bien écrit que dans les romans de Ellis. Ces romans sont d'ailleurs très
cinégéniques, Moins que zéro, les Lois de l'attraction, American Psycho ayant été tous adaptés. (J'ai une préférence pour le dernier qui doit être le meilleur roman).
Victor Johnson est la "bête qu monte". Mannequin en fin de carrière, il participe à la création d'une boite de nuit, est en couverture de Youthquake, sort avec le supermodel Chloe Byrnes, saute la
copine de son patron. Mais le scénario de sa vie peut comme il le dit lui même à tout moment changé... Et ce scénario idyllique va complètement être chamboulé.
Le roman est composé en deux parties, la première posant le décor et le personnage, nous assommant de VIP, de marques de luxe et de dialogues surréalistes, la seconde décrivant la véritable action
du roman. Victor se retrouve au milieu d'un complot politique, ou terroriste, ou les deux. Ou alors c'est son esprit qui est un peu dérangé. Il y a manipulation. Mais est-il manipulé par
les autres ou par lui-même ?
Les éléments étranges du roman commencent dès le
début. Victor dit souvent qu'il n'était pas là où on lui dit l'y avoir vu. Et pourtant... on va jusqu'à lui montrer des photos de ces événements avec lui dessus. Photomontage ? Schizophrénie ?
Mensonges ?
On ne sait jamais qui dit la vérité ni où est la vérité dans ce que l'on lit et ce flottement entre raison et folie s'accentuent de plus en plus.
Les scènes de sexe et de mort sont décrits avec précision histoire de nous faire réagir et nous troubler encore plus avec l'insanité grandissante du comportement de Victor. Il utilise toutes les
perversités de notre société pour en faire la critique. L'anomie des personnages principaux de ses romans se retrouve chez Victor. Ce mal être inguérissable qui nous pousse à faire n'importe quoi
et à ne pas vraiment en connaître la raison.
C'est un peu le "i don't know why I did this, I'm just fucked up" de Prozac Nation.
J'avoue ma faiblesse sur les interprétations de la fin... C'est une lecture passionnante et éprouvante à la fois. Ne disant pas tout des tenants et des aboutissants de l'histoire, Ellis nous laisse
une grande part d'interprétation.
Chez Ellis, il y a du Salinger pour l'acuité de sa peinture de personnages perturbés, il y a du Sade pour ses descriptions absolument scandaleuses et perverses de corps torturés, mutilés et très
sexuels, il y a enfin du Fitzgerald pour la virtuosité avec laquelle il parle de cette certaine société américaine, mondaine et parvenue.
Par GhengisK
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Publié dans : Cultivée Ghengis
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